Joseph Bindoumi : La situation des droits humains est catastrophique

Joseph Bindomi, président de la ligue centrafricaine des droits de l’homme (LCDH) qui a fêté ses 25 cette semaine dresse un tableau sombre de la situation des droits de l’homme en RCA. Le magistrat et ministre sortant de la défense s’est confié en exclusivité à Info-Centrafrique.

Joseph-BindoumiInfo-Centrafrique (IC) : Votre organisation la LCDH a fêté son 25ème anniversaire le 1er juin, présentez-nous brièvement la LCDH et ses objectifs 

J.B. : La LCDH a été créée le 1er juin 1991 au centre Jean XXIII après une assemblée générale des volontaires qui se sont engagés pour défendre les droits humains. Donc du 1er juin 1991 au 1er juin 2016 ça fait 25ans, jour pour jour, que notre institution existe. Notre objectif est simple, défendre les droits de l’homme en RCA.

IC: Quel bilan faites-vous de la situation des droits de l’homme en RCA aujourd’hui ?

J.B : Oh le bilan est catastrophique ! Ce qui se caractérise avec des nombreux centrafricains qui se trouvent encore dans les sites des déplacés, avec des nombreux centrafricains qui sont encore dans les pays voisins comme des refusés, avec des groupes d’armés qui se promènent avec les outils de leurs forfaits en main au vu et au su de la communauté internationale et ceux-ci continuent de commettre des exactions sur le territoire national. Et aussi, on a arrivé à des neutres, des assassinats de manière systématique et massive. Donc voilà la situation des droits de l’homme résumée brièvement mais qui est très catastrophique à la date d’aujourd’hui.

IC: 25 ans après, que bilan faites-vous de la ligue elle-même ?

J.B. : Au moment de sa création, elle comptait 59 personnes, 25 ans après nous avons plus de 7.000 adhérents. Aussi au début, nous n’avons qu’un seul bureau à Bangui, aujourd’hui nous avons des bureaux qu’on appelle des comités d’arrondissements dans tous les arrondissements de la capitale, ainsi que les comités sous-préfectoraux et préfectoraux dans les 16 préfectures du pays. A la date d’aujourd’hui, nous sommes affilés à la fédération internationale de la ligue des droits de l’homme (FILDH) qui est une grande organisation qui regroupe 178 membres. Nous sommes membre observateur de la commission africaine des droits… Nous travaillons aussi avec les grandes organisations de défense des droits de l’homme dans le monde, je pense à l’Amnesty internationale, à Human rights watch etc. Notre entité est commandeur dans l’ordre de mérite centrafricain pour avoir assuré la médiation à l’occasion des grandes crises que le pays a traversé.

IC: Comment la LCDH se projette-t-elle dans l’avenir et que compte-t-elle faire pour améliorer la situation des droits de l’homme en RCA ?

J.B. : Aujourd’hui nous sommes sur plusieurs champ de bataille, soit nous rassemblons des documents sur les violations, soit nous menons sur le terrain la sensibilisation, les capacités d’écoute, la recherche de la cohésion sociale par l’animation des ateliers. Je vous informe qu’on a un grand projet avec la FILDH qui s’étale sur 5 ans et donc nous avons beaucoup de projets pour l’avenir où je me réserve de tout dévoiler sur votre site.

IC: La RCA a besoin de la justice et de la réconciliation. Mais selon vous qu’est-ce qui doit être fait en priorité et pourquoi ?

JB : Le forum national de Bangui a déterminé des priorités. La 1ère priorité est le retour définitif de la sécurité sur tout le territoire national.

Malheureusement aujourd’hui on classe la RCA au rang des pays post-conflit, ce qui n’est pas vrai, puisque le conflit continue. Et donc, il est impératif de mettre tout en œuvre pour arrêter la guerre. Alors donc ce qu’il faut, c’est de réactiver nos forces nationales non pas pour faire la guerre mais pour imposer la paix. Et c’est ce que nous réclamons.

Le forum de Bangui avec signé le 11 mai 2015 un pacte républicain avec toutes les forces pour arrêter les violences, nous voulons que ces grandes décisions soient respectées et que la guerre s’arrête en République Centrafrique. La 2e est que la justice réparatrice se fasse, c’est-à-dire une justice qui demande de compte aux bourreaux. Et après la justice qui sera prononcé, il faut réparer. Et donc, il faut dédommager les gens qui sont des victimes innocentes, enfin vient la réconciliation.

IC: Pensez-vous que la justice centrafricaine a la possibilité de juger ces « seigneurs de la guerre » ou ces bourreaux ?

J.B : La justice centrafricaine a déjà jugé des bourreaux de par le passé. Les exemples sont nombreux, nous avons le procès de Bokassa, de Kolingba et autres bourreaux. Ce qui veut dire que la justice centrafricaine est capable de juger de les juger. Mais les problèmes qui se posent ce sont les moyens qui font défaut. Même si certains se trouvent à l’extérieur, la justice peut toujours se prononcer et demander à l’Etat où ils se trouvent d’exécuter. De même qu’aujourd’hui il y a des juridictions internationales comme la cour pénale internationale (CPI) qui peut toujours déclarer sa compétence puisque ce sont des faits qui peuvent être qualifiés des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre.

IC : Pour en finir, monsieur le président, où en sommes-nous avec la mise en place de cour pénale spéciale de Centrafrique.

J.B : Ça c’est une épine qui est au pied de la RCA parce que les centrafricains étaient partis pour cette cour avec beaucoup d’engouement. Il se trouve que la communauté internationale qui s’était vraiment agitée et qui a réclamé cette juridiction à cor et à cris, ne se manifeste plus. Pour preuve, le financement de ladite cour tarde jusqu’à lors. Pourtant c’est depuis le 03 juin 2015, que la loi pourtant sa création avait été publiée. Donc à la base, c’est un problème de moyens qui se pose.

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